lundi 9 août 2010

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Best CV video ever via Romain

Jacques Attali: la fin du téléphone mobile

Jacques Attali: la fin du téléphone mobile: "

Le débat sur la sécurité du BlackBerry, (lancé récemment dans certains pays qui ne supportent pas

qu’il leur soit impossible de briser les codes de transmission des messages) et plusieurs articles dans la presse spécialisée

américaine (Clive Thomson, The death of the phone call, Wired) posent la question de l’avenir du téléphone mobile.


On a longtemps cru, et écrit, que son développement,

faisant suite à celui du cinéma et

de la télévision, allait entrainer

la fin du courrier, du livre et de l’écrit en général. L’apparition d’internet

et du SMS a tempéré cette prédiction. Et voici maintenant qu’apparait une

prédiction radicalement inverse: et si c’était la conversation téléphonique

qui était appelée à disparaitre?


Ceux qui défendent cette thèse en veulent pour preuve que,

aux Etats-Unis, selon l’institut Nielsen, le nombre d’appels téléphoniques décroit tous

les ans depuis 2007, qui aura été l’année d’un record. De plus, ces appels sont de plus en plus

brefs: s’ils étaient en moyenne de 3 minutes en 2005, ils ont maintenant

perdus près de la moitié de leur durée. A cela s’ajoute que, partout dans le monde, le fait que les opérateurs

gagnent beaucoup plus d’argent par le transfert de données que par la voix, qui

n’est plus qu’une dimension annexe de l’ARPU. Enfin, il est exact que de nombreux jeunes n’utilisent presque plus leur Smartphone comme téléphone, mais

essentiellement comme un moyen

d’échanger des messages par sms,

email, bbm, ou sur Facebook ou Twitter.


Pourquoi? D’abord parce que la voix transmet un

message beaucoup plus subjectif et moins fiable que l’écrit. Ensuite, et surtout parce que, dans un monde où chacun est de plus en plus en relation avec

un très grand nombre de gens, on est de plus en plus soucieux de protéger

son intimité. Aussi, chacun

accepte-t-il de moins en moins l’agression

que représente un appel téléphonique. La vieille question apparue à la fin du

19ème siècle, au moment même de l’émergence du téléphone («pourquoi répondre quand

on vous sonne?») revient d’actualité. Beaucoup de gens désormais ne répondent pas quand on les sonne. Aussi, on ne décroche pas les

appels d’inconnus; et même, avec des amis, prend-on de plus

en plus rendez vous par SMS pour

se parler par téléphone; et on écoute même de

moins en moins les messages téléphoniques laissés sur les boites vocales.


Tout cela renvoie à quelque chose de profond, parfaitement

prévisible: notre idéologie de la liberté individuelle, conduit chacun à

ne s’intéresser de plus en plus qu’à lui-même, à ne vouloir en faire qu’à sa tête, et même, plus encore, à

l’autisme, au narcissisme, au plaisir de soi. Et donc à refuser toute intrusion

d’autrui non sollicitée dans la bulle de son égo. On aime donc recevoir des sms, des mails ou des bbm, parce qu’on les lit quand et

si on veut. Mais on n’aime pas

prendre un appel téléphonique qui vous force à obéir à l’injonction d’autrui,

de parler, ici et maintenant. Une fois de plus, la musique annonçait cette

mutation, par le développement de l’écoute solitaire.


De fait, un

objet nouveau sert d’abord à ce à quoi servait l’objet précédent. Et il

est normal que le mobile ait été d’abord un téléphone. Désormais, il va trouver son véritable usage. Les mobiles seront donc de

plus en plus des instruments pour se mettre à disposition de l’autre, qui

décidera s’il veut de nous. Et si la

voix n’y est plus importante, on peut en changer radicalement la forme, pour faciliter l’échange

d’écrits d’abord. Mais aussi, au-delà de l’écrit, par l’échange d’images, fixes ou mobiles, de photos ou de

vidéos.


Un peu plus tard, l’extension des capacités de conversation

en vidéo changera beaucoup de choses. Chacun pourra se

proposer à la vue de l’autre, qui

pourra décider à sa guise s’il

veut le voir et s’il veut lui renvoyer son image.


On pourra en particulier communiquer avec

le corps, sans l’usage de la voix; par exemple par des signes: la

vidéo conduisant à une possible universalisation du langage des sourds muets.


Chacun sera donc en situation de voir les autres, sans être

vu, s’il ne le souhaite pas; en tout cas, s’il peut le refuser, car il y

a des cas, où on ne peut refuser d’être vu d’un autre: on peut imaginer des mères imposant à

leurs enfants d’être sans cesse visibles; des amoureux l’exigeant de leurs partenaires; des patrons l’exigeant de

leurs cadres; des juges y

obligeant des condamnés.


Là sera d’ailleurs la vraie mesure de la liberté:

est libre celui qui n’est pas

obligé de répondre au téléphone, et qui n’est pas tenu d’être vu par les autres.


Jacques Attali


Image de Une: Téléphones mobiles récupérés pour être recyclés en Californie REUTERS/Mike Blake

La vie éternelle est pour après demain

La vie éternelle est pour après demain: "

Le développement humain est un phénomène sublime,

s’enthousiasme Jonathan Weiner dans Long for the World: The Strange Science of Immortality. La

rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule donne lieu à des divisions et à une

évolution parfaitement orchestrées, débouchant sur un être prévisible et

pourtant unique. Le vieillissement humain, en revanche, offre le spectacle

d’une épouvantable déchéance. Nos cellules cessent de fonctionner dans

l’anarchie la plus complète et les mutations s’enchaînent. Nos organes et nos

os semblent se délabrer alors même que nous avons encore besoin d’eux. C’est un

terrible déclin dont l’issue inéluctable est la mort.


Si nous vieillissons, c’est simplement parce que dame nature ne s’intéresse

plus à nous. C’est du moins la thèse de Weiner dans ce nouvel ouvrage, une

plongée dans notre triste finitude et dans les possibilités scientifiques de la

contrer. Il reprend ainsi la théorie très populaire du zoologue Peter Medawar,

lauréat du Prix Nobel, selon laquelle l’évolution vise exclusivement à nous

permettre de nous reproduire. Ainsi, par exemple, le calcium est indispensable

à la consolidation de nos os pendant l’enfance et l’adolescence. Or, une fois

que nous avons trouvé un partenaire et transmis notre patrimoine génétique,

notre mission est comme qui dirait accomplie. La nature se moque bien alors de

savoir que le calcium sclérose nos artères au point d’entraîner des crises

cardiaques lorsque nous vieillissons.


Mais pour nous, humains, ce problème est évidemment crucial. C’est pourquoi,

dans son dernier livre The Youth Pill: Scientists at the Brink of an Anti-Aging

Revolution
, David Stipp emboîte le pas à Weiner dans l’exploration des frontières

d’une science visant à contrer les effets de l’âge et à «tromper la mort». Pour autant, leurs approches sont différentes:

là où Weiner dresse un portrait lyrique et presque méditatif de ces pionniers

désireux d’altérer le processus d’évolution, Stipp se livre à une véritable

étude journalistique de cette discipline qui a acquis une incontestable

légitimité au cours des 40 dernières années. Il n’en reste pas moins

qu’après avoir étudié leurs arguments respectifs, je reste convaincue qu’aucun

de nous ne vivra assez longtemps pour voir la science de la longévité vider

hôpitaux et funérariums.


A ceux qui arguent que le nombre actuel de personnes âgées pèse déjà assez

lourdement sur nos ressources, les chercheurs répliquent que ce phénomène de

vieillissement de la population est un fait établi et qu’ils souhaitent

simplement permettre à chacun de rester en bonne santé aussi longtemps que

faire se peut. Ce qui profite à la fois à l’individu et à la société dans son

ensemble. Il est vrai qu’on a affaire à une tendance lourde. Au début du 20ème siècle,

un bébé né dans un pays développé avait une espérance de vie moyenne inférieure

à 50 ans. Au fil des décennies, les progrès en matière de santé publique,

la généralisation de la vaccination et l’avènement des antibiotiques ont

considérablement réduit la mortalité infantile, ce qui maximise logiquement les

chances d’atteindre un âge avancé. Et de fait, à la fin du siècle, l’espérance

de vie de notre bébé était passée à 80 ans. Comme l’écrit Jonathan Weiner,

ce gain de 30 ans représente «autant

que ce que l’espèce avait gagné depuis son apparition»
. (La limite théorique communément admise se situe aux alentours de 120 ans, sachant que rares

sont les personnes qui se sont approchées de cette barre.)


Le point positif, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à vieillir

en pleine forme, ce qui pourrait être le résultat d’une meilleure santé pendant

l’enfance. Jonathan Weiner cite à ce titre la théorie qui établit un lien entre

les maladies infantiles et les inflammations chroniques, important facteur de

maladie. Quoi qu’il en soit, si nous vivons suffisamment longtemps, ce sont

d’innombrables affections qui nous attendent au bout de la route, des maladies

neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson, aux infarctus et autres AVC,

insidieux et meurtriers, sans oublier bien sûr le spectre du cancer.


Les chercheurs dont David Stipp dresse le portrait s’efforcent de maîtriser

les mécanismes qui causent notre déclin pour que nous puissions folâtrer

jusqu’à 80 ou 90 ans avant de connaître une mort rapide. Pour sa part,

Jonathan Weiner voue une véritable fascination à Aubrey de Grey, prophète, franc-tireur, excentrique et professeur à l’Université de Cambridge

dont la vision est plus ambitieuse. Théoricien de la gériatrie, il met les

chercheurs au défi de concevoir des techniques biologiques qui permettront à

l’être humain de toucher du doigt son rêve d’immortalité.


Ce sont là deux ambitions de taille. Weiner et Stipp reviennent sur la

difficulté de donner une certaine crédibilité à une discipline dont l’histoire

peu glorieuse est parfois tombée dans le sordide. Au début du 20ème siècle,

un spécialiste du rajeunissement pratiquait des greffes de testicules de singe

sur ses patients masculins. Un de ses confrères, Eugen Steinach, voyait en la vasectomie la panacée en cas de virilité défaillante. Pour la petite histoire, on raconte

que Sigmund Freud avait reçu ce traitement, tout comme William Butler Yeats (un

petit coup de bistouri pour le vieillard de La

traversée vers
Byzance). Pour les dames, à la même époque, on

recourait à l’irradiation des ovaires pour s’offrir un retour de printemps.


Toutefois, à partir des années 70, quelques scientifiques sérieux se

sont lancés dans l’étude de la durée de vie d’autres espèces, soit par

l’observation en milieu naturel, soit via un élevage sélectif en laboratoire

afin d’identifier les gènes de la longévité. La «gérontologie comparative» étudie

les tendances de vieillissement chez les animaux: elles sont extrêmement

variables d’une espèce à l’autre. Les drosophiles (ou «mouches des fruits»)

vivent quelques semaines. Certains coquillages, comme les clams, peuvent vivre

jusqu’à quatre siècles! Souris et rats ont une longévité de quelques années,

même dans l’environnement protégé d’un laboratoire. On constate facilement

l’état de vieillissement de ces rongeurs qui, au fil du temps, se rabougrissent

et deviennent léthargiques.


Mais c’est un autre rongeur qui excite les chercheurs. Le rat-taupe nu passe des dizaines d’années à creuser des terriers sans jamais

montrer de véritables signes de sénilité. C’est ce que les scientifiques

appellent la «sénescence négligeable». Mais un beau jour, ils meurent sans raison

évidente. Si nous, les hommes et les femmes, pouvions vieillir comme cet animal,

l’industrie des cosmétiques de rajeunissement n’aurait plus qu’à se reconvertir.


Bien sûr, entre la vie animale et la vie humaine, il y a un fossé. Pourtant,

il y a presque trois quarts de siècle, des recherches presque oubliées sur l’allongement

de la vie ont donné à réfléchir! Dans les années 30, un chercheur en

nutrition à l’Université de Cornell, Clive McCay, a mené pendant quatre ans une

étude dans laquelle il a démontré que soumettre des rats à un régime

alimentaire proche de la famine améliorait leur santé et augmentait

considérablement leur durée de vie. Stipp en reste abasourdi: «[Ces conclusions de McCay montrent] que le rythme

du vieillissement est incroyablement flexible, et qu’il est extrêmement simple

de le rompre chez des animaux dont le métabolisme n’est pas si différent du

nôtre».


Pendant des décennies, on a fait fi des découvertes de McCay. Mais ces

dernières années, la restriction calorique (RC) est devenue la base d’un des aspects

les plus édifiants de la recherche sur l’«extension de la vie». Chez de

nombreuses espèces, les singes notamment, le fait d’avoir faim renforce la

résistance à un certain nombre de problèmes de santé: cancers, maladies neurodégénératives

et troubles immunitaires. Stipp explique que le secret des habitants d’Okinawa pour

vivre si longtemps (cette île japonaise enregistre le record de centenaires par

habitant) réside peut-être dans leur consommation alimentaire: légumes et

poissons.


Mais ancrer ces habitudes dans les pays développés est loin d’être chose

aisée: avec la restriction calorique, des populations habituées à un accès

illimité à la nourriture ont du mal à supporter ne serait-ce qu’une journée en «mangeant

moins». Les chercheurs se tournent donc vers des mimétiques de la RC. Il s’agit de médicaments qui nous permettraient de satisfaire nos besoins alimentaires

tout en déclenchant les processus moléculaires de la sensation de faim, laquelle

permet de rester jeune. Ne pas se nourrir et ne pas avoir faim, c’est en

quelque sorte un moyen pharmacologique d’avoir le beurre et l’argent du beurre.


Les mécanismes sous-jacents du vieillissement restent de l’ordre de la

spéculation. De Grey soutient un point de vue de plus en plus admis dans le domaine

du vieillissement: la cause fondamentale du «déclin»

de l’être humain réside dans ce que certains scientifiques appellent une «catastrophe des déchets» [«garbage catastrophe»]. Weiner expose de

façon si éloquente cette théorie qu’elle n’est que trop parlante pour quiconque

est propriétaire d’une maison.


Au niveau cellulaire, les choses commencent à s’abîmer. Des dépôts de détritus

se forment, entravant les mécanismes censés garder nos cellules en pleine forme.

Les chercheurs qui étudient les gènes dits «domestiques»,

qui assurent l’entretien de nos cellules en les débarrassant des petites saletés,

regrettent le mépris qu’on affiche vis-à-vis de ces gènes et de leur fonction

finalement si essentielle. De Grey espère que ces découvertes déboucheront sur la

création d’une sorte de solvant moléculaire permettant d’éliminer les détritus.

Mais tout ceci reste encore très hypothétique!


Voilà qui nous amène à la «pilule de

jouvence»
, ce produit pharmaceutique de prolongement de la vie dont parle Stipp

et qui fait actuellement l’objet de recherches scientifiques. Cette pilule

pourrait nous permettre de rester jeunes en simulant les effets de la RC et en

maintenant l’activité de l’«équipe d’entretien de nos cellules». Stipp raconte avec

moult détails les travaux de la société Sirtris Pharmaceuticals, qui ambitionne

de commercialiser les sirtuines, une nouvelle classe d’enzymes découverts récemment.


On pense que ces enzymes empêchent l’ADN des cellules d’être abîmé et qu’elles

réparent les mutations qui s’y opèrent. (Le resvératrol, une substance présente dans le vin

rouge, active apparemment les
sirtuines dans le corps.) Il aborde

ensuite le cas du Sirolimus, un immunosuppresseur utilisé chez des patients ayant subi une greffe. Ce médicament a permis

d’allonger la durée de vie de certains animaux de laboratoire.


Alors que j’avançais péniblement dans ma lecture, de plus en plus convaincue

que Sirtris ne trouverait pas la solution à la fatalité humaine, le livre de Stipp

semblait lui aussi perdre de sa fraîcheur, amassant un tas de données

superflues.


Weiner qui, en plus d’une belle plume, a le don de rendre la science limpide,

offre une agréable lecture. Mais hélas, lui aussi finit par s’embarquer dans

une longue méditation philosophique sur le sens de l’immortalité (une question

dont les chapitres précédents m’ont laissé penser qu’elle ne méritait guère

qu’on y consacre notre temps limité). Et puisque même Weiner ne croit pas au rêve

d’Aubrey de Grey, celui d’une longévité humaine de plusieurs centaines voire de

milliers d’années…


… j’ai décidé de continuer à m’abreuver de café et de vin rouge. Et de ne pas

renoncer au chocolat noir! Ces aliments contiennent en petite quantité les produits

chimiques susceptibles d’activer chez moi un processus anti-âge. Si c’est

insuffisant pour me permettre, comme dit De Grey, d’«échapper à la vélocité» du

temps, ils rendent ma vie – aussi courte soit-elle – un peu plus savoureuse.


Emily Yoffe


Traduit par Micha Cziffra


Image de Une: Une aurore boréale au-dessus des cendres du volvan islandais Eyjafjallajokull en fin de journée Lucas Jackson / Reuters

Inception: peut-on être conscient que l'on rêve?

Inception: peut-on être conscient que l'on rêve?: "

Le blockbuster américain Inception est en tête des

box-offices à travers le monde depuis sa sortie
(le 16 juillet aux Etats-Unis et le 21 juillet en France). Centré sur le rêve, un thème

souvent abordé au cinéma
, il contient une multitude d’idées reçues plus ou

moins répandues sur la nature des rêves, leur lien à la réalité ou encore la

relation entre le rêveur et son rêve. L’image du rêve humain décrite dans

Inception correspond-elle à ce que la science sait de ce domaine, où il reste

encore beaucoup de mystères à élucider? Pour le savoir, voici les différents

postulats du film décortiqués et passés au crible.


Les personnages

d’Inception sont capables de maîtriser leurs rêves, ou en tous cas leurs

propres actions dans un rêve, et même de créer les décors d’un rêve. Est-il

possible de maîtriser son propre rêve?


Une des principales différences entre le rêve et la réalité

est le manque de contrôle: on n’a pas le sentiment de décider dans un rêve, on

est passif devant les évènements. Il existe néanmoins toute une théorie du rêve lucide,

autrement dit le fait d’avoir conscience d’être en train de rêver. Dans un

ouvrage intitulé Exploring the World of Lucid Dreaming, Stephen LaBerge et

Howard Rheingold détaillent une méthode pour parvenir à «se réveiller dans son rêve», et même à en contrôler certains aspects.

D’après ce livre, de nombreux rêveurs lucides ont raconté pouvoir voler à

volonté; d'autres décrivent une sensation d'euphorie et de bien-être. Une femme

a affirmé que son premier rêve lucide lui avait procuré «la sensation délicieuse [et de plus en plus forte] de se fondre dans

les couleurs et la lumière, avec un final digne du meilleur orgasme


Les sceptiques avancent que la seule manière de connaître le

contenu d’un rêve est à travers ce que le rêveur rapporte après s’être

réveillé, et qu’il est donc très difficile de savoir si quelqu’un maîtrise vraiment son

rêve. A l’éveil, les techniques d’imagerie permettent dans une certaine mesure

de savoir à quoi on pense. Théoriquement, on peut faire la même chose

pendant le sommeil et les rêves car c’est aussi un état où les pensées ont un

contenu déterminé. La différence est qu’à l’état d’éveil on peut parfaitement

contrôler ce à quoi le sujet est en train de penser, alors que dans le rêve il

est très difficile de contraindre les pensées possibles et donc de décoder leur

contenu.


Néanmoins, la possibilité du rêve lucide a été prouvée

scientifiquement dans les années 70 grâce à l’enregistrement de signaux préétablis

envoyés volontairement par les sujets depuis l’état de rêve: les mouvements des

yeux. Keith

Hearne de l’université de Hull a été le premier à réussir une telle expérience


en 1975, en demandant à son sujet de bouger les yeux de gauche à droite huit

fois d’affilée alors qu’il rêvait. Un journaliste de slate.com a tenté de

suivre la méthode de LaBerge et Rheingold et a réussi, au bout de plusieurs

semaines d’entraînement, à se rendre compte qu’il rêvait pendant un songe et

même à s’envoler

volontairement dans son rêve
.


Le postulat de base

du film de
Christopher Nolan est simple: une équipe de personnes, menée

par Dom Cobb (joué par Leonardo di Caprio), a réussi à maîtriser l’art de rentrer

dans les rêves d’autrui afin de dévoiler ses secrets les plus profonds, et même

d’influencer ses rêves. Est-il possible d’influencer les rêves de quelqu’un

d’autre?


On peut avoir une influence, mais de manière très limitée

sur les rêves de quelqu’un d’autre. On retrouve dans les rêves des éléments

fragmentés de l’expérience réelle. Il est très rare qu’il s’agisse d’une

histoire entière qui apparaisse dans le rêve. Il s’agit plutôt d’images qui

sont recyclées. Quand on présente des choses à quelqu’un avant qu’il s’endorme,

il y a une chance pour que des fragments réapparaissent dans ses rêves. Mais on

ne peut pas réellement contrôler ce qui se passe dans les rêves.


En revanche, il a été prouvé que l’on mémorise mieux les

choses que l’on a apprises avant de dormir. Des études sur les rats vont également

dans ce sens: on fait parcourir à un rat un trajet bien défini dans un

labyrinthe pendant qu’il est éveillé, et on est capable de suivre le circuit qu’il

parcourt en observant ses neurones dans son hippocampe, une sorte de GPS. Quand

le rat dort, on observe les mêmes réactions dans son hippocampe, ce qui donne à

penser que le rat rejoue pendant son sommeil le parcours qu’il a fait avant. Cela

ne veut pas dire qu’il rêve ou que l’on influe sur son rêve, mais qu’il recrée un

parcours vécu dans son sommeil.


Les protagonistes du film

utilisent un petit artefact, une toupie dans le cas du personnage de Leonardo

di Caprio, pour savoir s’ils sont dans un rêve ou dans la réalité. Peut-on

savoir quand on est dans un rêve?


L’état de rêve est un état conscient et ressemble beaucoup à

l’état de veille conscient. Dans un rêve, on voit, on entend, on fait des

choses, il y a une narration etc... L’activité du cerveau pendant le sommeil

paradoxal ou REM (là où la plupart des rêves se produit), est proche de celle à

l’état de veille, le cerveau est très actif. Mais la conscience de soi est une

des différences entre l’état de sommeil et celui d’éveil.


Néanmoins, il est possible de s’entraîner à prendre

conscience dans ses rêves. Pour reprendre la méthode de LaBerge et Rheingold,

la deuxième étape de la maîtrise du rêve lucide consiste à «identifier les marqueurs de

rêve et effectuer des tests de réalité.
» En théorie, pour apprendre à

faire entrer la conscience dans les songes, il faut prendre l'habitude de se

demander si l'on est en état de veille ou de sommeil. Le but est que cette

question devienne un réflexe, notamment dans les situations absurdes ou

surréalistes, dont les rêves sont friands. À force, la question est censée se

poser quand on dort. Si l'on rêve souvent d'ascenseur, il faut effectuer un

test de réalité à chaque fois que l'on se trouve, éveillé, dans un ascenseur,

ce afin d'augmenter ses chances de faire la même chose quand ce marqueur

apparaît dans un rêve.


Dans Inception, on

fait chuter une personne dans une baignoire pour la réveiller, et cela se

traduit par un torrent d’eau qui apparaît dans le rêve. Les éléments extérieurs

influent-ils sur le rêve?


Le fait d’être arrosé par de l’eau ou d’avoir un bras qui

est comprimé peut entrer dans le contenu du rêve, y faire intrusion. Une des

explications possibles à cela est notre instinct de survie animal: un animal

qui ne réagirait à rien lors de son sommeil serait en grand danger, il doit

pouvoir se réveiller s’il y a vraiment un évènement menaçant. Autre exemple: on

ne tombe pas de son lit en temps normal alors qu’on bouge lors du sommeil, ce

qui veut probablement dire que l’on perçoit les bords du lit et qu’on rectifie notre

position de manière quasi-automatique.


Dans Inception, Dom Cobb est hanté par des rêves récurrents de sa

défunte épouse. Les rêves récurrents ont-ils une signification particulière?


Sur ce point là, les rêves ne sont pas différents des

pensées d’éveil. De la même manière qu’on a des pensées récurrentes, on a des

rêves récurrents. Ils reflètent ce que l’on a dans la tête. On retrouve les

anxiétés et les peurs d’une personne à l’éveil mais également dans le sommeil.

Le contenu des pensées du rêve dépend de qui vous êtes.


Dans le film, le temps passe beaucoup plus vite dans les rêves que dans la réalité, ce qui donne aux personnages le temps d'effectuer de nombreuses actions au cours d'un rêve relativement court. Le temps passe-t-il vraiment plus vite dans les rêves?


Non. Des études ont corrélé la durée des aventures racontées

par les rêveurs avec la durée objective pendant laquelle ils ont été plongés

dans cet état de sommeil REM. Les chercheurs allemands Daniel Erlacher et

Michael Schredl ont ainsi réussi à montrer que

le temps nécessaire pour compter dans un rêve est le même que celui nécessaire

pour compter éveillé
. Pour ce faire, ils ont demandé à des rêveurs lucides

de compter de 21 à 25 dans leur rêve et d’envoyer des signaux par des

mouvements d’yeux au début et à la fin de l’opération. Le laps de temps entre

les deux signaux a ensuite été comparé au temps qu’il faut pour compter de 21

à 25 à l’état d’éveil. Avec la même méthode,

ils ont trouvé qu’effectuer des flexions prend même plus de temps dans un rêve

que dans la réalité.


Autre indication, on a remarqué que chez les personnes

atteintes de troubles du comportement en sommeil paradoxal (REM sleep behavior disorder, ou

TSCP), une pathologie où le rêveur adopte des comportements involontaires qui

sont souvent en rapport avec le contenu du rêve et effectue les gestes dont il

rêve, donne des coups, crie ou encore gesticule, la chronologie des actions

réelles correspondait plus ou moins à celle du rêve qui est raconté.


Grégoire Fleurot


L’explication remercie

Laurent Cohen, professeur de neurologie à l’hôpital de la Pitié Salpetrière.