lundi 6 septembre 2010
Dieu, la science et lui
Stephen Hawking, qui vient de démontrer
scientifiquement que Dieu n'existe pas dans un livre encore à paraître, avait
pourtant prouvé le contraire dans un livre déjà paru. Franchement, faut
suivre.
De toute façon, je ne savais même pas qu'il avait
fait la preuve de l'existence d'un créateur de toutes choses dans sa Brève
histoire du temps, dont je n'ai jamais dépassé la page quarante. Vous savez
ce que c'est: on s'enthousiasme pour un bouquin de vulgarisation parce que
tout le monde vous dit qu'il est «lumineux» mais, à la première formule
mathématique un peu complexe, vous décrochez. Enfin, peut-être pas vous, mais
moi si.
Sacré phénomène d'édition, cette Brève histoire
du temps. Les jeunots ne s'en souviennent sans doute pas (c'était en 1988,
avant le Web, l'iPhone et Sarkozy, mais bien après le Big Bang, si ça vous aide
à vous situer dans la chronologie), mais c'était LE livre à avoir lu. Une sorte
de Houellebecq de la physique, ce Hawking…
En tout cas, et pour ce que j'avais compris du truc
à l'époque, s'il devenait possible de concevoir une théorie générale de
l'univers, une sorte d'équation qui régit le monde, c'est qu'il y avait forcément
un Dieu derrière tout ça. Je vous le livre à la louche, hein…
Mais dans le bouquin qui vient, Le grand dessein, que nous dit Stephen Hawking? Ou, à tout le moins, que nous dit Stephen
Hawking que nous puissions à peu près comprendre? Eh bien que Dieu
n'existe pas parce qu'Il n'est pas nécessaire à la création. Que la seule loi
de la gravitation suffit à expliquer que l'univers se soit auto-créé, une chose
en amenant une autre, etc.
Oh pétard, je ne sais pas pour vous, mais moi, je
ne suis pas plus avancé. Pourtant, s'il y a bien une chose que l'on aimerait
savoir au-delà de la composition du prochain gouvernement , c'est si Dieu
existe. Intuitivement, le Français du XXIe siècle élevé au jus des Lumières, de
la laïcité et de Claude Lévi-Strauss présume évidemment que la religion est une
pratique humaine réductible à sa dimension ethnoculturelle, un peu comme les
contes de fée participent de la formation intellectuelle et morale du petit
d'homme.
Mais à un autre niveau, et parce que «l'homme ne
vit pas que de pain» (Deutéronome 8:2) et qu'il lui faut aussi un peu de
confiture spirituelle à mettre dessus, le même Français rationaliste a parfois
du mal avec le concept du rien. Notez d'ailleurs qu'il n'est pas le seul, Richard Dawkins, le biologiste britannique
spécialisé dans la révélation de l'inexistence du Très Haut, avoue lui-même
entretenir un doute résiduel. Dans son fameux Pour en finir avec Dieu, il établit en effet
une échelle de la foi graduée de 1 à 7 ―1 correspondant à la foi totale et
entière dans tout ce que raconte la Bible et 7 à l'athéisme le plus
absolu ― et se situe lui-même à 6, ce péteux…
Si même un type pareil doute de son doute, qui
sommes-nous pour avoir des certitudes? Surtout si l'on ne comprend rien à ce
que raconte Stephen Hawking et que ce n'est pas seulement parce qu'il a du mal
à s'exprimer du fait de la maladie neuromusculaire dont il souffre depuis des
années. Bah, à tout hasard et parce que je suis un type «de bonne volonté»
(Luc 2 :14), je lirai son nouveau livre. Mais si là encore, je ne dépasse pas
la page quarante, qu'on ne vienne pas me casser les pieds en me disant que je
n'ai pas fait d'effort pour répondre à la question «Et Dieu dans tout ça?»
Hugues Serraf
Photo: Stephen Hawking en juin 2010. REUTERS/Sheryl Nadler
Brice Hortefeux franchit encore une ligne
Le
30 août, le ministre de l’Intérieur a donné les chiffres de la délinquance en
précisant le nombre de délinquants roumains. C’est la première fois
qu’un ministre de l’Intérieur donne ce genre de chiffres. Brice Hortefeux a dit:
les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de
259% en dix-huit mois. Il nous dit «Roumain» parce qu’il n’a pas le droit de
dire «Roms», puisque la France ne reconnaît pas les races et se refuse à faire
des statistiques ethniques. Bref, tant pis pour les détails, tant pis si tous
les Roms ne sont pas Roumains et si tous les Roumains ne sont pas Roms, chacun
comprendra…
Cette
affirmation inattaquable sur le plan juridique n’en est pas moins une hérésie
républicaine dans l’esprit, une atteinte à l’individualisme positif qui est
notre tradition. C’est un début de reconnaissance de responsabilité collective,
bref une manipulation douteuse, vaguement raciste à visées politiciennes
évidentes. Brice Hortefeux n’oserait jamais –et heureusement– convoquer une conférence
de presse pour dire: «La délinquance marocaine ou la délinquance algérienne ou
suisse est de tant de % en France.» Cette première du 30 août est un tabou
brisé. C’est justement ce qui était recherché. Quand, par populisme, on brise
un tabou, on dit généralement que l’on combat le politiquement correct, que
l’on ne se laisse pas avoir par les bien-pensants, la presse parisienne, la
«gauche milliardaire». Cette manœuvre, aussi voyante que le nez au
milieu de la figure d’un certain conseiller «opinion» de l’Elysée est, d’une
certaine façon, le signe d’une extrême nervosité au sommet de l’Etat.
Cette
manœuvre a déjà des effets sur l'opinion. Après un été de surenchère sécuritaire, le baromètre de popularité
du Figaro-Magazine nous dit que le président gagne 4
points de popularité ce mois-ci. Et lorsque l’on regarde dans le
détail, Nicolas Sarkozy gagne des points, effectivement dans l’électorat
populaire –à gauche comme à droite– mais l’écart se creuse entre les tranches
d’âges: il fait un bond de six points chez les retraités et en perd cinq chez
les jeunes. Les électeurs lepénistes bougent moins que la moyenne (+3 points).
Rien ne dit que la satisfaction de l’électeur FN l’incite à voter, le jour venu,
pour Nicolas Sarkozy. Cette tactique peut aussi aboutir à renforcer l’idée
selon laquelle Marine Le Pen a raison. L’un des arguments des stratèges de
Nicolas Sarkozy lorsqu’il multipliait, avant 2007, les déclarations
sécuritaires sans trop de précautions oratoires, était de dire qu’il fallait
bien tenter de réintégrer les électeurs du FN dans le giron des partis
républicains. Au moins de tenter d’endiguer la désespérance grandissante de
l’électorat populaire. Et c’est vrai que la prise en compte des questions de
sécurité et le souci affirmé de maîtriser l’immigration peut (c’est du
funambulisme) s’exprimer sans verser dans la démagogie populiste.
Mais dès
lors qu’au-delà d’utiliser les mots du Front national pour opérer un salutaire
recyclage de ses électeurs, on transige avec les principes républicains, on
n’est plus dans le recyclage mais dans la validation du FN. En ébauchant une
responsabilité collective, en désignant des groupes, en chiffrant leurs
attitudes, Brice Hortefeux franchit une ligne symbolique qui peut rapporter des
points de popularité, mais aussi consolider parallèlement l’ancrage électoral
du Front national et dégoûter définitivement l’électorat modéré. Nicolas
Sarkozy et Brice Hortefeux prennent la responsabilité de faire ce qu’Alain Minc
(meilleur commentateur que conseiller du prince) appelle joliment «un pari
faustien».
Thomas Legrand
"Bubbling" Tricks Your Mind To See Anyone Naked [Photoshop]
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