mardi 19 octobre 2010

Pénurie de carburant: comment ouvrir les robinets

Pénurie de carburant: comment ouvrir les robinets: "

La France,

c’est bien connu, ne produit pas de pétrole. Elle l’importe en totalité, alors

qu’il représente aujourd’hui 35% de l’énergie qu’elle consomme (et presque 100%

dans les transports). Sans pétrole, l’économie est boquée. Aussi, à l’instar

des autres pays industriels et pour la sauvegarde de ses intérêts souverains,

la France a instauré l’obligation de constituer des réserves stratégiques de

produits pétroliers. Mais la réglementation est complexe. Avec la législation

internationale qui a vu le jour sous l’égide de l’Agence internationale de

l’énergie
(AIE), il ne suffit pas à un pays de décider de pomper dans ses

réserves: il doit également recevoir le feu vert de l’AIE et, dans le cas d’un

membre de l’Union européenne, de Bruxelles.


Trois mois

de consommation


La France

fut un des premiers pays à se doter, en 1925 après la première guerre mondiale,

de stockages stratégiques. Elle s’est ensuite ralliée aux réglementations

édictées au niveau de l’Union européenne en 1968 (à l’époque, la CEE), et de

l'AIE en 1974. Globalement, ces stocks

doivent pouvoir couvrir trois mois de consommation. Dans le détail, l’UE impose

90 jours de consommation intérieure et l’AIE 90 jours d’importation nette. Ce

qui, dans le cas de la France, revient à peu près au même.


Mais

lorsqu’on entre dans la technique du stockage en fonction des produits, la

réglementation est beaucoup plus complexe.


Des stocks

qui impliquent tous les opérateurs


Une loi de

1992 fait porter l’obligation de stockage sur tout opérateur agréé qui perçoit

des taxes intérieures de consommation ou approvisionne les avions. Chaque

opérateur doit prévoir dans son stock stratégique un volume correspondant à 27%

de ses ventes, la référence pour la période actuelle étant l’année 2008,

précise le ministère de l’Energie. L’opérateur en gère lui-même une partie,

mais doit en confier 56% ou 90%, selon son choix, à une structure ad hoc:

le Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP), qui en

délègue lui-même la gestion sur le terrain, dans des centres spécifiques de

stockage, à la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess).

Actuellement, sur les quelque 17 millions de tonnes de produits pétroliers qui

composent les stockages stratégiques, la Sagess en gère directement environ

12,7 millions de tonnes.


Plus de 17

millions de tonnes en réserve


En réalité,

les stocks français se situent sensiblement au-dessus du niveau obligatoire, à

98 jours de consommation. L’explication de ce différentiel provient de la

baisse de consommation constatée en 2009 et 2010 par rapport à l’année de

référence 2008, de 83 millions de tonnes à 72 millions de tonnes l’an dernier,

précise l’Union française de industries du pétrole (UFIP). Encore faut-il

distinguer une évolution dans les produits importés: baisse de 12

millions de tonnes des importations de pétrole brut en 2009, hausse de 4

millions de tonnes des produits raffinés.


Cette

nouvelle répartition a une incidence dans le stockage stratégique, qui doit

être composé à 40% de produits bruts et 60% de produits raffinés. Elle impacte

donc les volumes stockés en fonction de leur catégorie, au nombre de quatre: on

compte aujourd’hui l’équivalent de 2,4 millions de tonnes d’essence, 12,6

millions de tonnes de gazole et de fuel (qui sont le même produit au raffinage),

1,7 million de tonnes de carburéacteur pour les avions, et 682.000 tonnes de

fioul lourd. Soit au total 17,4 millions de tonnes de réserves stratégiques.


213 centres

de stockage en France


Actuellement,

il existe en France 213 centres de stockage, pour une capacité totale de 11,8

millions de m3. Et, dans le cadre d’accords bilatéraux, la France autorise les

opérateurs pétroliers à contracter des mises à disposition de produits

pétroliers (MAD) à l'étranger. La Sagess, pour sa part, détient environ le quart

de ses stocks en raffineries, et plus d’un tiers à Manosque. Les centres

de stockage sont répartis sur tout le territoire pour que chaque région puisse

faire face à une situation de rupture des approvisionnements. «L’objectif fixé

au CSSP est de disposer de 10 jours de supercarburants et de 15 jours en gazole

et fioul domestique par région administrative
», précise le ministère de

l’Ecologie et de l’Energie. Les stocks font l’objet de contrôles permanents et,

en cas de manquement d’un opérateur, le montant de l’amende représente environ

50 fois l’économie réalisée par l’insuffisance du volume stocké.


Plusieurs

niveaux de réserves


Il existe

donc plusieurs niveaux de réserves, entre celles qui sont alimentées par

les distributeurs et les raffineurs dans leurs dépôts, et celles gérées par un

comité professionnel dans des centres spécialement prévus à cet effet et

répartis sur l’ensemble du territoire.


Le premier

niveau est le stock de réserve des distributeurs afin d’alimenter les stations

service lorsque leurs cuves sont à sec et qu’elles ne peuvent être

réapprovisionnées normalement. C’est la situation à laquelle les automobilistes

français sont confrontés aujourd’hui. Ainsi, dès la fin de la semaine dernière,

les professionnels de la route et les distributeurs de carburants ont réclamé

le déblocage de ces réserves stratégiques. Non pas à cause d’un risque de crise

internationale qui mettrait les approvisionnements en péril, mais au nom d’une

«solidarité nationale» pour empêcher l’arrêt de l’activité dans des secteurs

entiers de l’économie. Au-delà, le dispositif à mettre en œuvre est plus lourd.

Mais dans tous les cas, les stocks stratégiques en question sont destinés à des

utilisations civiles, et sont distincts de stocks militaires gérés de son côté

par l’armée.


Gilles Bridier


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