jeudi 21 octobre 2010

Réforme des retraites: le rendez-vous de 2012

Réforme des retraites: le rendez-vous de 2012: "

Nos articles sur la réforme des retraites sont regroupés dans notre dossier spécial


Si, relayant Nicolas

Sarkozy, François Fillon refusait toute nouvelle concession? S’il s’arc-boutait

sur la réforme malgré ses évidentes imperfections, comme le déséquilibre financier

du système à partir de 2018? S’il refusait jusqu’au bout de céder à la demande

de syndicats qui ne représentent que 8% des salariés mais qui sont soutenus par

sept Français sur dix?


Comment sortir dans ces

conditions d’un conflit social sur lequel viennent s’agglomérer, avec la durée,

bien d’autres causes de mécontentement que les retraites? De nombreux paramètres

entrent en ligne de compte. Revue de détail, en attendant la réunion

intersyndicale du 21 octobre qui déterminera la suite des évènements.


Les violences dans les manifestations desservent les opposants à la

réforme


Les syndicats le savent

bien, qui expliquent comme Bernard Thibault de la CGT qu’il n’y a aucun

débordement «dans les initiatives de caractère syndical», ou qui lancent comme

François Chérèque (CFDT) un «appel au calme». Plus les dérapages sont nombreux,

imputés à des «bandes de jeunes» extérieures aux mouvements de lycéens, plus le

gouvernement peut arguer du caractère décalé de ces manifestations par rapport

à la réforme des retraites, et justifier —comme l’a fait François Fillon à

l’Assemblée nationale— l’encadrement des manifestants au nom de la protection

des lycéens.


La police de la

République ne peut taper sur la jeunesse du pays. Mais elle peut réprimer des

casseurs pendant que le gouvernement discrédite les organisateurs des

manifestations et ceux qui les soutiennent. A quelques jours des vacances de La

Toussaint, période durant laquelle les manifestations de lycéens s’éteindront

d’elles-mêmes, c’est la meilleure façon d’étouffer le mouvement. Mais les

étudiants pourraient prendre le relais, pour une jonction avec les autres

manifestants courant novembre.


Les syndicats ont le dos au mur


Ils ont jugé insuffisants

les assouplissements apportés au projet initial, qu’il s’agisse de la

pénibilité ou des carrières longues (deux notions qui existaient déjà dans la

réforme de 2003) ou encore des mères de famille de trois enfants nées avant

1955. «Le compte n’y est pas», a soutenu le leader de la CGT Bernard Thibault.

Et même si Jean-Louis Malys en charge

du dossier retraites à la CFDT a jugé ces avancées non négligeables pour de

nombreux salariés, il a aussi déclaré qu’elles ne justifiaient pas la fin de la

mobilisation sociale. Leurs partenaires de la CFTC, FSU, Unsa et Solidaires

sont au moins sur la même ligne. Il leur est maintenant difficile de mettre fin

à leur mouvement sans rien n’avoir obtenu de plus du gouvernement. D’autant

que, dans la tradition française de fin de crise, il est d’usage d’offrir une

porte de sortie honorable à tous es acteurs d’un conflit, même aux vaincus.


Mais

François Fillon, qui mise sur le prochain vote de la réforme par le Sénat après

celui de l’Assemblée nationale, affirme ne plus rien vouloir lâcher. Les plus

ultras du gouvernement espèrent peut-être que, par une défaite des syndicats en

rase campagne, ils porteront le discrédit sur leur action et briseront le syndicalisme

contestataire à la française. Mais ils courent aussi le risque que, sans

encadrement à l’écoute de leurs aspirations, les grévistes les plus déterminés

échappent aux syndicats et s‘engagent dans des coordinations déstructurées.


Avec

le blocage de l’économie comme unique stratégie, ce que les syndicats veulent –eux– éviter.


La grève reconductible n’est pas la seule arme syndicale


Comme pour se ménager des

portes de sortie, les leaders de la CGT et de la CFDT évoquent d’autres

«initiatives». Car même si certains syndicats, comme à

La Poste, appellent à des grèves illimitées, même si FO et SUD veulent toujours

durcir le mouvement, même si Bernard Thibault lui-même affirme «on ne lâchera

rien»
, le front intersyndical révèle quelques fissures. La CFE-CGC s’interroge

sur la pertinence de participer à d’autres manifestations
, et certains évoquent

le dépôt d’un amendement gouvernemental prévoyant la mise en chantier d’un

système de retraite à points qui pourrait intéresser la CFDT.


Par ailleurs, on note un essoufflement dans certains

secteurs: seulement 11,5% de fonctionnaires en grève le 19 octobre et 9%

d’agents de la RATP, et environ un cheminot sur trois. Il est vrai que les

salariés bénéficiant des régimes spéciaux ne seront concernés par les

dispositions de cette réforme qu’à partir de 2017. En outre, les jours de grève

ne sont en théorie plus payés. Certes, des accommodements sont toujours

possibles en fin de mouvement pour faciliter la sortie de crise, comme

l’étalement dans le temps du manque à gagner dû aux arrêts de travail ou la

récupération d’une partie des jours non travaillés. Malgré tout, les grévistes

perdent une partie de leur salaire, ce qui est un frein à la reconduction d’une

grève, et une incitation à trouver d’autres formes d’action.


Le processus démocratique arrive à sa fin


«Soyons des syndicalistes

lucides et responsables: la réforme sera votée par le Sénat»
, a lâché

Alain Olive pour l’Unsa à l’émission «C dans l’air». Même si la réforme n’est

selon lui «pas légitime», le processus démocratique sera arrivé à son

terme après l’adoption de la réforme par les deux chambres. Et un syndicat

responsable ne peut balayer d’un revers de main le vote des élus de la nation.


Que faire dans ces

conditions? Donner rendez-vous à Nicolas Sarkozy dans 18 mois, à la prochaine

élection présidentielle, pour manifester par les urnes une opposition que la

mobilisation populaire n’a pu faire aboutir. Et, jusque-là, entretenir la

pression sur les retraites.


En attendant 2012, le syndicalisme joue sa crédibilité


D’ici à 2012, les

Français risquent de se démobiliser sur les retraites d’autant plus facilement

que la majorité présidentielle trouvera d’autres dossiers sur lesquels

focaliser l’opinion publique, surtout dans le cas d’un virage à droite de

l’Elysée. Dans ce scénario, l’action syndicale passerait le relais au politique,

reconnaissant implicitement avoir échoué dans sa démarche.


Ce «deuxième tour sur les

retraites» constituerait également une contrainte pour la gauche, qui ne

pourrait pas se dérober à ses promesses de revenir à une retraite à 60 ans en

cas de victoire. Mais la gauche comme les syndicats sont conscients qu’une réforme

des retraites est nécessaire. Si les syndicats prennent date pour 2012, l’opposition

devra s’engager avec, dans le meilleur des cas, un projet de réforme qui ne se

limite pas simplement à un retour à la retraite à 60 ans, mais avec d’autres

dispositions pour assurer le financement de la répartition. Un défi à relever.


Gilles Bridier

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