jeudi 14 octobre 2010

Depuis quand les blondes sont-elles des cruches?

Depuis quand les blondes sont-elles des cruches?: "

Une entreprise lituanienne envisage d’ouvrir un complexe balnéaire aux Maldives géré uniquement par des blondes.

Pour Gierde Pukiene, la directrice générale, ce projet pourrait

contribuer à neutraliser le stéréotype de la blonde idiote. «Nos filles

sont très brillantes et elles sont diplômées»,
affirme-t-elle, selon ce

que rapporte la BBC. Mais au fait, depuis quand les blondes ont-elles la

réputation d’être des nouilles?


La «dizzy blonde» du XIXe


Probablement depuis la fin du XIXe siècle. En 1868, une troupe comique britannique présenta une parodie du mythe d’Ixion au théâtre Wood's Museum de New York. Avec ses quatre blondes qui cabriolaient en exhibant leurs bas, Ixion fit

sensation et enragea au plus haut point les moralistes qui estimèrent

que les filles n’étaient que des traînées sans talent qui ne devaient

leur succès qu’à leur corps. Les actrices d’Ixion étaient couramment désignées sous le sobriquet de «British Blondes», mais au cours de la décennie qui suivit, c’est «dizzy blonde»

[blonde évaporée] qui commença à prévaloir: ce terme familier, où

«évaporée» signifiait inconséquente ou idiote, désignait le genre de

comédienne osée que les Britanniques avaient contribué à rendre

populaires, et plus généralement les beautés «professionnelles». Ce qui

explique pourquoi, en 1889, le Kansas Times and Star signalait: «Hier

soir, de nombreux prêtres locaux ont mis en garde les membres de leurs

congrégations contre une compagnie de “blondes évaporées” qui va bientôt

se produire dans l’un des théâtres.»


Les hommes préfèrent les blondes


La première icône des blondes idiotes est sans doute Lorelei Lee, personnage inventé par Anita Loos en 1925 dans son roman Les hommes préfèrent les blondes,

qui fut adapté en deux films et une comédie musicale à Broadway. Payée

pour tenir compagnie à de riches hommes mariés, Lorelei estime que «les

diamants sont les meilleurs amis des filles»
. Elle est peut-être plus

superficielle que stupide, mais c’est le genre de demoiselle qui s’en

sort grâce à ses attraits. L’idée que les blondes aiment s’amuser et ne

sont pas sérieuses s’est plus profondément ancrée dans les mentalités

après l’interprétation par Marilyn Monroe de Lorelei dans la version

filmée de 1953. Dans les années 1960, la société Clairol lança sa

célèbre publicité «Les blondes s’amusent-elles vraiment plus que les autres?» pour ses produits de coloration, ce qui ne fit qu’appuyer les préjugés (dans son livre Des blondes,

Joanna Pitman raconte que la première des blondes sottes fut en fait la

courtisane française Rosalie Duthé, dont la célèbre niaiserie fut

caricaturée dans la pièces de 1775 Les Curiosités de la foire.

Rosalie Duthé était à la fois crétine et blonde, mais il ne nous

apparaît pas très clairement que ses contemporains la considéraient

comme une «blonde idiote» en tant que telle).


Blondes et romains


On

retrouve des traces du concept de la blonde stupide dans l’Antiquité.

Tout comme leurs homologues modernes, les hommes romains appréciaient la

blondeur —ils teignaient leurs cheveux avec un mélange de graisse de

chèvre et de cendres de bois de hêtre, ou bien avec des concoctions à

base de vinaigre ou de safran. Mais comme le remarque Pitman, les plus

sérieux associaient la teinture de cheveux à la futilité et au manque de

gravité. Le poète Properce écrivit par exemple: «Toute beauté est à son apogée telle que la nature l’a faite… Qu’aux enfers de nombreux maux accablent celle qui teint stupidement ses cheveux avec de fausses couleurs!»

Sans lier directement la blondeur à l’imbécillité, il implique que les

femmes qui veulent être blondes et s’arrangent pour le devenir en

utilisant des artifices n’ont pas grand-chose dans le ciboulot.


Un stéréotype bien ancré


Quant

à savoir pourquoi la notion de blonde idiote a fait son chemin —on peut

penser qu’il s’agit tout simplement de la persistance de la logique de

Properce. Chacun sait que peu d’adultes sont naturellement blonds, et

que de nombreuses blondes se teignent les cheveux. Si vous teignez vos

cheveux, c’est donc que vous êtes superficielle ou inintéressante. CQFD.

Une autre théorie, énoncée dans The Encyclopedia of Hair,

veut que la blondeur évoque l’enfance, puisque les enfants

naturellement blonds sont bien plus nombreux que les adultes. La

blondeur s’apparente donc à l’innocence, mais aussi à la naïveté.


Des

études universitaires montrent que le stéréotype de la blonde dépasse

le cadre de la simple plaisanterie. Lors d’une étude menée en 1999, des

chercheurs de l’université de Coventry ont demandé à 60 hommes et 60

femmes de regarder le même mannequin portant quatre perruques

différentes —une blonde platine, une blonde naturelle, une châtain et une

rousse. Les hommes et les femmes (mais les hommes davantage que les

femmes) ont estimé que la blonde platine était moins intelligente que les autres, et ont qualifié la blonde naturelle de «populaire». Une étude allemande conduite en 2004 montre que les blondes mettent davantage de temps à répondre à des tests en laboratoire après avoir lu des blagues sur les blondes (il s’agit d’un phénomène bien connu appelé «la menace du stéréotype»).


Juliet Lapidos

Traduit par Bérengère Viennot

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