Une entreprise lituanienne envisage d’ouvrir un complexe balnéaire aux Maldives géré uniquement par des blondes.
Pour Gierde Pukiene, la directrice générale, ce projet pourrait
contribuer à neutraliser le stéréotype de la blonde idiote. «Nos filles
sont très brillantes et elles sont diplômées», affirme-t-elle, selon ce
que rapporte la BBC. Mais au fait, depuis quand les blondes ont-elles la
réputation d’être des nouilles?
La «dizzy blonde» du XIXe
Probablement depuis la fin du XIXe siècle. En 1868, une troupe comique britannique présenta une parodie du mythe d’Ixion au théâtre Wood's Museum de New York. Avec ses quatre blondes qui cabriolaient en exhibant leurs bas, Ixion fit
sensation et enragea au plus haut point les moralistes qui estimèrent
que les filles n’étaient que des traînées sans talent qui ne devaient
leur succès qu’à leur corps. Les actrices d’Ixion étaient couramment désignées sous le sobriquet de «British Blondes», mais au cours de la décennie qui suivit, c’est «dizzy blonde»
[blonde évaporée] qui commença à prévaloir: ce terme familier, où
«évaporée» signifiait inconséquente ou idiote, désignait le genre de
comédienne osée que les Britanniques avaient contribué à rendre
populaires, et plus généralement les beautés «professionnelles». Ce qui
explique pourquoi, en 1889, le Kansas Times and Star signalait: «Hier
soir, de nombreux prêtres locaux ont mis en garde les membres de leurs
congrégations contre une compagnie de “blondes évaporées” qui va bientôt
se produire dans l’un des théâtres.»
Les hommes préfèrent les blondes
La première icône des blondes idiotes est sans doute Lorelei Lee, personnage inventé par Anita Loos en 1925 dans son roman Les hommes préfèrent les blondes,
qui fut adapté en deux films et une comédie musicale à Broadway. Payée
pour tenir compagnie à de riches hommes mariés, Lorelei estime que «les
diamants sont les meilleurs amis des filles». Elle est peut-être plus
superficielle que stupide, mais c’est le genre de demoiselle qui s’en
sort grâce à ses attraits. L’idée que les blondes aiment s’amuser et ne
sont pas sérieuses s’est plus profondément ancrée dans les mentalités
après l’interprétation par Marilyn Monroe de Lorelei dans la version
filmée de 1953. Dans les années 1960, la société Clairol lança sa
célèbre publicité «Les blondes s’amusent-elles vraiment plus que les autres?» pour ses produits de coloration, ce qui ne fit qu’appuyer les préjugés (dans son livre Des blondes,
Joanna Pitman raconte que la première des blondes sottes fut en fait la
courtisane française Rosalie Duthé, dont la célèbre niaiserie fut
caricaturée dans la pièces de 1775 Les Curiosités de la foire.
Rosalie Duthé était à la fois crétine et blonde, mais il ne nous
apparaît pas très clairement que ses contemporains la considéraient
comme une «blonde idiote» en tant que telle).
Blondes et romains
On
retrouve des traces du concept de la blonde stupide dans l’Antiquité.
Tout comme leurs homologues modernes, les hommes romains appréciaient la
blondeur —ils teignaient leurs cheveux avec un mélange de graisse de
chèvre et de cendres de bois de hêtre, ou bien avec des concoctions à
base de vinaigre ou de safran. Mais comme le remarque Pitman, les plus
sérieux associaient la teinture de cheveux à la futilité et au manque de
gravité. Le poète Properce écrivit par exemple: «Toute beauté est à son apogée telle que la nature l’a faite… Qu’aux enfers de nombreux maux accablent celle qui teint stupidement ses cheveux avec de fausses couleurs!»
Sans lier directement la blondeur à l’imbécillité, il implique que les
femmes qui veulent être blondes et s’arrangent pour le devenir en
utilisant des artifices n’ont pas grand-chose dans le ciboulot.
Un stéréotype bien ancré
Quant
à savoir pourquoi la notion de blonde idiote a fait son chemin —on peut
penser qu’il s’agit tout simplement de la persistance de la logique de
Properce. Chacun sait que peu d’adultes sont naturellement blonds, et
que de nombreuses blondes se teignent les cheveux. Si vous teignez vos
cheveux, c’est donc que vous êtes superficielle ou inintéressante. CQFD.
Une autre théorie, énoncée dans The Encyclopedia of Hair,
veut que la blondeur évoque l’enfance, puisque les enfants
naturellement blonds sont bien plus nombreux que les adultes. La
blondeur s’apparente donc à l’innocence, mais aussi à la naïveté.
Des
études universitaires montrent que le stéréotype de la blonde dépasse
le cadre de la simple plaisanterie. Lors d’une étude menée en 1999, des
chercheurs de l’université de Coventry ont demandé à 60 hommes et 60
femmes de regarder le même mannequin portant quatre perruques
différentes —une blonde platine, une blonde naturelle, une châtain et une
rousse. Les hommes et les femmes (mais les hommes davantage que les
femmes) ont estimé que la blonde platine était moins intelligente que les autres, et ont qualifié la blonde naturelle de «populaire». Une étude allemande conduite en 2004 montre que les blondes mettent davantage de temps à répondre à des tests en laboratoire après avoir lu des blagues sur les blondes (il s’agit d’un phénomène bien connu appelé «la menace du stéréotype»).
Juliet Lapidos
Traduit par Bérengère Viennot
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