Shared by VieuxBrie
Déjà vécu ça partout ou il y a Lotus Notes...

Ce témoignage purement fictif est tiré d’une discussion à l’USI 2010. Christophe travaille pour la société de service BeeBee. Il est en mission en ce moment à Nouest, dans le sud de la France, au siège d’un grand assureur. Il travaille dans cette mission depuis 3 semaines. En dehors de cela, c’est un vrai Geek. Ordinateur portable, iPad, iPhone, il a la panoplie complète du Geek passionné et connecté. En arrivant dans cette nouvelle mission, il va découvrir qu’il existe un fossé entre les outils de communication de son entreprise et sa vie d’internaute… Voici ce qu’il m’a raconté.
Les premiers jours j’ai dû découvrir l’utilisation d’un client de messagerie. C’est un logiciel que je n’ai jamais utilisé. Lorsque je faisais mes études nous utilisions Google Apps. Pour moi l’email c’est une page Web, pas un logiciel comme Lotus Notes. Rien que ce nom de papier toilette aurait dû m’avertir sur ce qui m’attendait. Enfin bref, je m’y suis mis car c’est un outil indispensable pour travailler semble-t-il…
L’espace alloué aux emails est ridicule : 100Mb. Je ne suis là que depuis quelques jours, mais déjà je me rends compte que ma boite aux lettres sera pleine rapidement si je ne la vide pas. Le service informatique m’a donné un document Word de 9Mo dans ma boite email le premier jour. Le document explique comment effacer et trier ses vieux messages. En fait je n’ai donc que 91Mb. Je regarde le panneau « Information » du document Word et je découvre qu’il a été écrit par un consultant de McQuiCé. J’ai une pensée émue pour le DSI qui a certainement fait réaliser un audit pour résoudre ce problème d’espace disque… Au prix du jour/homme d’un consultant de McQuiCé, cela fait cher la page. Bref passons.
Je mets en place des filtres pour trier les courriers électroniques. A titre personnel, je n’utilise plus beaucoup l’email. Entre Facebook et Twitter, je communique différemment. Or là, il semble que l’email soit une chose très importante dans le fonctionnement de cet assureur. Nous recevons beaucoup de CG pour « communication de groupes » dont je n’ai que faire, étant prestataire de service. Mais il paraît que c’est compliqué de ne pas mettre les « prestas » dans l’alias groupe… alors nous subissons l’avalanche d’annonces inintéressantes. Par exemple ce matin j’ai un message du C.E qui vous vend ce midi des superbes bijoux en résine véritable plastique. 15 EUR le collier, 1 EUR est reversé à une association (et donc 13 EUR au vendeur et 1 EUR au fabricant chinois). Je n’en n’ai rien à faire. Mais bon…
Mon responsable commercial veut m’envoyer un modèle de spécification technique ce matin. Je dois avancer sur cette partie rapidement. Vous allez voir que cela va m’occuper une bonne partie de la journée. Il y a 2 obstacles entre mon responsable commercial et ma boite Lotus Notes : tout d’abord il faut que son document ne dépasse pas 5Mb, sinon la passerelle de l’entreprise rejettera son courrier. Ensuite, et là j’ai vraiment halluciné, il faut que l’adresse email de l’expéditeur soit reconnu par le système. Sinon le courrier est classé comme Spam, et je ne le recevrai jamais.
Il faut qu’il envoie un email, la passerelle retourne alors un message lui demandant de cliquer sur un lien s’il est bien humain, puis laisse ensuite passer son message… C’est dingue non ? Pour envoyer son email la première fois, il a fallut qu’il se fasse reconnaître.
Ensuite ne voyant toujours pas le document arriver, j’ai pris le téléphone pour appeler l’extérieur. Impossible de numéroter, la voix de synthèse me dit « opération non permise ». A priori mon poste téléphonique n’a pas le droit d’appeler l’extérieur… Bref je l’appelle avec mon iPhone. 10 minutes de manipulation plus tard, il m’expédie 2 documents pour passer sous la barre des 5 Mb de la passerelle email. Youpi il est 11h40 et je peux enfin commencer à travailler.
En fait non. Mauvaise version de Word. Notre version est trop ancienne pour ouvrir le document… (soupir)
Après avoir demandé un nouvel export, je peux enfin commencer à travailler. Je dois décrire l’architecture d’une application de gestion, basée sur entre autre sur Spring. Afin de compléter mon document je souhaite aller sur les forums de SpringSource pour compléter mes recherches. Je tappe donc « forums.springsource.com » dans la barre du navigateur Internet Explorer 6.0 développé en 1991, un bon navigateur bien pourri qui a 9 ans…
Et là c’est le drame.
Une page d’erreur affiche « Ce site n’est pas autorisé par le service de gestion de l’accès internet ». Je pousse un nouveau soupir… Si au moins ils avaient utilisé une police d’affichage comme sur les affiches russes de 1953, avec une image de gentil soldat entrain de défiler, un fond rouge, des gars avec des tenues Mao… Un truc sympa quoi… Mais là non, rien du tout.
Il y a une zone de texte où l’on peut mettre un code d’accès pour passer outre la sécurisation et charger le site. 5mn sur le Wiki et je trouve le code en question. J’accède donc finalement au forum pour pouvoir travailler. Un autre consultant me raconte que certains prestataires viennent avec leur ordinateur portable et se connectent via Wifi au réseau « Free Wifi ». Ne croyez pas que c’est pour aller sur Facebook ou autre. C’est vraiment pour travailler. En fait les gens en général ne vont pas sur les sites de X ou de sports, ils ont autre chose à faire. Et puis un site de X dans un open-space… ça semble stupide.
Ma journée avance bien. J’ai cependant perdu du temps car je n’ai que 2Mo de mémoire sur mon ordinateur, mais passons. , il ne me reste plus qu’à terminer ce soir car il me manque 2 logiciels Il me faut d’abord un logiciel de modélisation et ensuite Microsoft Visio pour faire un diagramme technique. Or le logiciel de modélisation n’a que 5 licences flottantes, et il arrive très souvent que les gens oublient de refermer celui-ci. Bref le logiciel n’est pas toujours disponible lorsque nous en avons besoin. Pour Visio ce n’est pas grave, je compte terminer ce soir de chez moi.
Il ne me reste plus qu’à mettre sur la clé USB mon document… car je ne peux pas envoyer de documents de plus de 5 Mb par email. Or croyez-moi, malgré les soucis de cette journée j’ai réussi à avancer et à faire un bon document plutôt complet. Bref je branche ma clé USB… qui n’est pas reconnue. En fait un logiciel bloque le port USB, et il est donc impossible d’introduire un logiciel dans le réseau… Me voilà bien embêté.
Je pars faire un break à la machine à café. En revenant, écran noir : « VOTRE DOCUMENT CONTIENT UN VIRUS. Il a été effacé. Votre numéro de poste a été envoyé au Service de Sécurité et de Surveillance de l’Utilisation du Réseau ».
Je viens de perdre mon travail.
Connard d’antivirus.
Le jour suivant j’ai demandé à mon ingénieur d’affaires de changer de mission.
Conclusion
En cherchant à se protéger, à standardiser et à réaliser des économies, nous prenons le risque d’avoir un système informatique totalitaire et obsolète. Il n’est pas exclu dans certaines entreprises que les employés cassent ces murs numériques. Il est donc important de s’assurer que les principes de précaution ne se transforment pas en principes très cons.
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