mercredi 28 juillet 2010

Mel Gibson n'est pas qu'un pervers narcissique

Mel Gibson n'est pas qu'un pervers narcissique: "

A chaque fois que Mel Gibson décharge sa bile contre les

juifs, les «nègres» ou encore les femmes qui ne se laissent pas faire, il y en

a toujours un pour essayer de créer le mystère là où il n'y en a pas. À la

sortie en salles du film La Passion

du Christ
, qu'il a réalisé, produit, et qui recycle avec un plaisir non

dissimulé et force détails ce foutu mythe selon lequel les Juifs sont

historiquement et collectivement responsables du meurtre de Jésus, les

Chrétiens traditionnels avancèrent à l'époque que si le zèle religieux dont

Gibson faisait preuve pouvait être un tantinet tapageur, le film lui-même était

fondamentalement l'œuvre d'un dévot.


Il y a quelques années, quand un policier l'a interpellé au volant de sa voiture à

Malibu
et que Mel lui a lancé que les juifs étaient responsables de toutes

les guerres dans le monde, à la télé comme dans les journaux, les experts ont

alors décidé de spéculer sur l'alcoolémie de l'acteur ce soir-là. Il y a

quelques mois, face à un journaliste juif qui l'interrogeait à propos de cet

incident, les yeux lui

sont carrément sortis de la tête
. «Pourquoi, vous vous sentez concerné?»

lui a-t-il craché.

Et ce mois-ci, après le torrent d'injures immondes proférées à l'encontre de la mère de son plus jeune

enfant
, et qui de menaces en obscénités ne nous a rien épargné du racisme

paranoïaque et sexualisé de Mel, certains se sont mis à diagnostiquer l'acteur

comme souffrant d'un problème de maîtrise de soi, combiné avec un possible

trouble de la personnalité narcissique.


Un père autodidacte barjot à tendance négationniste


C'est hallucinant. On vit dans une société où les termes fasciste

et raciste sont utilisés à tort et à travers, et pourtant, voilà un

homme dont les actions et paroles s'expliquent une fois qu'on a découvert la

seule chose essentielle à savoir sur lui: il fait partie d'un groupe dissident

fasciste qui se pose en sauveur de l'Église catholique.


À la tête de cette secte schismatique de dingos, le père

de Mel Gibson, Hutton Gibson, un autodidacte barjot à tendance négationniste. À

l'époque de la polémique autour de La Passion du Christ, Gibson junior

affirmait n'avoir jamais entendu que la vérité sortir de la bouche de son père.

Je possède moi-même quelques ouvrages de papa Gibson, dont le classique et

autopublié Is the Pope Catholic? (Le Pape est-il catholique?) ainsi que The

Enemy Is Still Here!
(L'ennemi est encore là!), qui accusent en gros la papauté

actuelle d'œuvrer pour l'Antéchrist. Voici mon passage préféré: «Notre

'civilisation' tolère la sodomie et le meurtre d'enfants à naître, mais

s'offusque lorsqu'on brûle d'incurables hérétiques –un acte pour le moins

charitable.»


Il attaque également feu Jean-Paul II pour avoir dit lors

d'une de ses «missions d'évangélisation» de la communauté juive «Vous êtes les

frères qu'on s'est choisi, et d'une certaine manière pourrait-on dire, nos

frères aînés.»


Commentaire d'Hutton Gibson: «Abel avait un frère aîné.»


Aucune ambiguïté possible, on a bien saisi le message.

Comme beaucoup d'autres catholiques ultra-conservateurs, Gibson père et fils

n'ont jamais pardonné au Vatican d'avoir levé en 1964 l'accusation de déicide

portée contre le peuple juif.


Ils n'ont pas non plus pardonné aux îles britanniques leur

rupture avec Rome durant la Réforme du XVIe siècle, qui a provoqué la

destruction du monopole de l'Église-Mère. Dans une série de films de propagande

ultra-violents, de Braveheart à The Patriot, Gibson a toujours

représenté les Anglais comme un peuple de barbares; ceux d'entre nous qui ont

des ancêtres britons peuvent bien sûr choisir d'en rire si l'on décide d'y voir

les gesticulations d'une théocratie contrariée (combinée ici avec les symptômes

d'un complexe d'infériorité colonial), mais la relation historique de la droite

catholique avec le fascisme en Europe ne prête pas vraiment à rire.


Ce qui serait réellement surprenant, c'est que quelqu'un

qui a baigné dans cette idéologie depuis tout petit n'en présente aucun

symptôme, ni trouble sexuel. Le racisme va souvent de pair avec un dégoût pour

la sexualité, et les diatribes de Gibson en témoignent de manière atrocement

flagrante. Sa haine obsessionnelle de l'homosexualité –rarement la preuve d'un

esprit sain– est également bien connue. Mais ce qu'on oublie souvent, c'est

peut-être cette interview

dans laquelle il annonce que celle qui est sa femme depuis de nombreuses années

et la mère de ses enfants, ne pourra malheureusement pas le rejoindre au

paradis. Moins une question de morale que le fait qu'elle n'ait pas jugé bon de

se joindre à la seule véritable église qui soit. Une sentence «prononcée par les

hautes instances».


Appelons un chat un chat


Gibson a depuis échangé cette femme à la patience de

sainte –rompant ainsi les liens sacrés de son mariage– contre une autre, plus

jeune, et qui pour le dire de façon courtoise, n'a très certainement pas été

choisie pour ses remarquables qualités religieuses. Ce faisant, il a dû avoir

un tant soit peu conscience de mettre en danger l'immortalité de son âme, mais

aussi de devoir se séparer d'une sacrée quantité de biens avec les accords de

séparation. Et malgré tout cela, la petite nouvelle ne lui obéit pas au doigt

et à l'œil, ne prend pas ses désirs pour des ordres, et ne se met pas à quatre

pattes dès qu'il claque des doigts.


En terme de soumission, un vrai gauleiter estime quand même

avoir droit à un peu plus que les autres. Pas étonnant donc, qu'on voie

clignoter «Attention, contenu sous pression» dès qu'on croise le regard de Mel

Gibson.


Pourtant, j'ai encore lu un article l'autre jour qui

parlait d'un site de fans dont les membres commençaient à se demander

«Qu'est-ce qui lui arrive?» Sérieusement, qu'est-ce que c'est que cette

réticence à appeler un chat un chat? Et rien à voir avec un appel au secours en

plus, bien au contraire; c'est un appel à la violence, à la cruauté, à la

bigoterie –et à l'hypocrisie sexuelle– qui a pris racine au temps des

croisades, s'est développé pendant l'Inquisition, et perduré jusqu'au

«concordats» entre l'Église, Hitler, et Mussolini. Pourtant, on lui donne

encore du travail.


Quand est-ce qu'Hollywood –et notre société toute entière–

va enfin se décider à le mépriser et le bannir purement et simplement, à la

fois pour ce qu'il est et pour ce qu'il représente?

Christopher Hitchens


Traduit par Nora Bouazzouni

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