jeudi 22 juillet 2010

Lance Armstrong: plus dure sera la chute

Lance Armstrong: plus dure sera la chute: "

Même pour ceux qui ne sont pas fans de Lance Armstrong, la

huitième étape du Tour de France qui s’est déroulée dimanche 11 faisait peine à

voir. Le pire était la façon qu’avaient ses coéquipiers, qui l’escortaient dans

l’ascension et semblaient manifestement se retenir dans leur effort, de se

retourner vers lui, avec l’air de lui dire «Vraiment?

Tu ne peux pas aller plus vite?
» Sur l’étape menant à Morzine-Avoriaz,

durant laquelle Armstrong a violemment chuté puis

glissé sur la route (0:03 sur cette vidéo amateur),

le septuple vainqueur du Tour de France a perdu près

de 12 minutes
et vu s’envoler tout espoir d’endosser le maillot jaune.


Les choses n’étaient pas censées se dérouler de la sorte,

surtout à en croire l’enthousiasme des médias américains, qui présentaient le

tour 2010 comme un duel au sommet entre Armstrong et son ancien équipier et

actuel rival, Alberto Contador. Le ton était pourtant donné depuis le mois de

mars et le Critérium

international.
Contador avait connu une première journée affreuse,

terminant une minute derrière le vainqueur. «Il n’est pas vraiment dans son assiette» avait expliqué son

entraîneur, déclarant que Contador

souffrait alors de multiples allergies
. Mais il avait quand même

terminé quatre minutes devant Armstrong.


Après cette compétition, Armstrong est tombé malade et a

raté plusieurs courses; une chute

l’a obligé à abandonner
lors du tour de Californie, mettant un terme à

l’une des étapes cruciales de sa préparation au tour de France. Et c’est à ce

moment-là que Floyd Landis est sorti de son hibernation en

réaffirmant
qu’Armstrong et ses coéquipiers avaient remporté leurs

titres grâce

au dopage.
Mardi 13 juillet, le

New York Times a rapporté que les

autorités fédérales avaient cité

plusieurs personnes à comparaître
afin de faire la lumière sur les

assertions de Landis. (Le Daily News affirme que Trek Bicycle Corp, son ancien

sponsor, ferait

partie des destinataires
de ces citations.)


Tour terminé


Au vu de ce début d’année calamiteux, il semblait évident

que le Tour de France ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices pour

Armstrong. Après un bon début, il s’est retrouvé à la peine sur les pavés de la

troisième étape, perdant

près d’une minute face à Contador
. Puis vint la course de dimanche, si

terrible que le Texan a déclaré à son issue que, pour lui, le Tour était «terminé». Armstrong venait d’apprendre,

après des années de chance insolente, une leçon que ses adversaires ne

connaissent que trop bien: «quand les choses vont mal sur le Tour de France, elles vont vraiment mal.»


Armstrong aurait très bien pu chuter en 1999 lorsque le Tour traversa le passage du

Gois
, recouvert à marée haute et donc glissant. Il aurait pu tomber avec

Joseba Beloki en 2003 ou chuter de son vélo et finir dans un

ravin
, comme son directeur de course Johan Bruyneel quand il était

coureur. Il aurait également pu descendre de son vélo et rejoindre la voiture

de son équipe, comme son grand ennemi Greg LeMond, qui, en 1994 quitta le Tour

et mit un terme à sa carrière

sur une triste route de Normandie en pleine période de scandale

de l’EPO
. Mais malgré sa terrible journée de dimanche, Armstrong n’a

tout de même pas laissé éclater son désespoir en ayant recours au geste le plus

désespéré du coureur cycliste: le lancer de vélo.


Au contraire, il a dignement suivi le groupe de ses

coéquipiers jusqu’à la ligne d’arrivée, la tête légèrement inclinée, s’essayant

même à un sourire. Il est tombé, il a glissé, et voilà. Il n’était qu’un être

humain après tout. Point positif: personne ne pourrait l’accuser de s’être dopé

-du moins cette année.


La compétition de trop


Mais Armstrong a d’ores déjà des problèmes bien plus graves

que de ne pas remporter un huitième Tour de France. Si l’enquête

fédérale
finit par aboutir -et que ses anciens

amis et coéquipiers
corroborent tout ou partie des accusations de

Landis- il pourrait bien regretter d’avoir effectué son retour dans la

compétition


Pour les grands athlètes, il est toujours difficile de ne

pas faire la compétition de trop. Armstrong a tenté une fois de se retirer. Il

était alors au sommet de sa gloire et venait de remporter son septième tour.

Mais il n’y est pas arrivé. En revenant à la compétition, il tentait

naturellement de regagner une partie de sa gloire passée, mais il a également

poussé de nombreux observateurs à s’intéresser de plus près à sa période de

règne sans partage.


Certes, les défenseurs d’Armstrong n’auraient sans doute pas

pu trouver meilleur accusateur que Landis, ancien équipier revanchard, ayant

lui-même avoué avoir triché
. Mais pour toute personne s’étant

intéressée au cyclisme ces dix dernières années, les accusations de Landis sont

plus que plausibles. Armstrong a remporté ses Tours de France à une période où le

dopage faisait des ravages
, où les coureurs avaient recours à des

transfusions de sang et à des injections d’EPO, ce que Landis reproche

précisément à Armstrong.


Suspicions


Armstrong lui-même est suspecté de dopage depuis sa première

victoire dans le Tour en 1999; il fut alors attaqué pour avoir utilisé une crème

corticoïde afin de calmer des douleurs hémorroïdales
. Mais alors que

ces accusations étaient passées à la trappe, le journal l’Equipe rapporta en

2005 que six

échantillons d’urine d’Armstrong, prélevés lors du tour de 1999, s’étaient

avérées positives à l’EPO
grâce à l’utilisation de tests qui

n’existaient pas à la fin des années 1990. Ces résultats provenant des échantillons

B d’Armstrong, qui plus est des années après la course
, furent déclarés

irrecevables par le Directeur du Tour Jean-Marie Leblanc. Durant le reste de

son règne, tous les tests d’Armstrong se sont avérés négatifs (pour autant

qu’on le sache.)


La litanie des tests négatifs d’Armstrong pourrait indiquer

que Landis ment. Mais il convient de noter que Landis décrit, en détail, le

plan mis en place pour augmenter les performances tout en évitant d’être

contrôlé positif. Selon Landis, l’équipe d’Armstrong avait recours à des

transfusions sanguines, qui demeurent très difficiles à détecter encore

aujourd’hui, conjuguées à des injections d’EPO effectuées à des moments bien

choisis et qui, selon

Landis
, devenaient indétectables au bout de huit heures -soit une bonne

nuit de sommeil- tout en améliorant sensiblement les performances.


Sur de nombreux point, croire Armstrong revient à rejeter

les explications les plus simples. Vous devez par exemple admettre que les

coéquipiers d’Armstrong -dont plusieurs ont ensuite admis

qu’ils avaient pris
des produits ou furent contrôlés

positifs

aux produits dopants- se sont dopés de leur propre chef et pas pour aider leur

leader à remporter le Tour de France (ce qui était après tout leur boulot).

Vous devez également croire que les techniciens du labo français ont soit mal

analysé, mal utilisé voire fabriqué de toutes pièces les échantillons d’urine

de 1999
. Vous devez également croire Armstrong quand il affirme qu’il a

versé au docteur Michele Ferrari, son sulfureux

entraîneur italien
, d’importantes sommes d’argent pour qu’il lui

prodigue… des conseils tactiques. Et vous devez enfin croire que les anciens

coéquipiers et associés d’Armstrong, tels que Frankie

Andreu
, Stephen

Swart
, Emma O’Reilly

ou Mike Anderson, qui

accusent Armstrong de s’être dopé durant des années –cités paer David Walsh

dans un livre (From

Lance to Landis
) troublant mais peu concluant– avaient quelque

chose à y gagner. Dans la plupart des cas, cela n’a fait que compliquer leur

existence –comme Floyd Landis en fait la cruelle expérience.


Loin devant


Plus généralement, il vous faut admettre qu’Armstrong a

écrasé ses adversaires, dont certains se sont avérés plus tard être dopés

jusqu’à la moelle, sans avoir jamais pris le moindre produit. Si Armstrong

avait résisté à la tentation de tricher, ses exploits seraient encore plus

méritoires. Comme l’un des auteurs du blog Freakonomics l’évoquait l’autre

jour, le cyclisme n’est pas le baseball, où les bénéfices de l’utilisation de

stéroïdes sont peu probants; le cyclisme est plus proche des haltères: les

produits dopant procurent davantage de puissance, et davantage de puissance est

synonyme de victoire. Ces victoires ont permis à Armstrong de gagner beaucoup

d’argent et fait de lui un des sportifs les plus célèbres et les

plus influents au monde
.


S’il n’a jamais rien pris, ses performances athlétiques

tiennent du miracle. Il affrontait des athlètes impliqués dans de vastes

campagnes de dopages, avec des laboratoires clandestins et des calendriers

rigoureux de transfusions et d’injections, qui furent notamment révélées lors

du scandale

de l’affaire Puerto en

Espagne. (Ces méthodes, notons-le, sont similaires à celles décrites par

Landis). Rares furent les coureurs impliqués dans ce scandale à avoir été

testés positifs. Tous ont été battus par Armstrong.


Pas de jours sans


Voila sans doute ce qui étonne le plus dans le cas

Armstrong: malgré le caractère difficile et capricieux de ce sport, Armstrong était parfait, ou presque. Il a

dominé le Tour, de manière indiscutable, sept années durant. Durant cette

période, ses mauvais jours se comptent sur les doigts des deux mains. Il ne

ménageait manifestement pas ses efforts, mais sans jamais connaître de jour sans.


Or le cyclisme n’est pas censé marcher de la sorte. Certains

jours, vous êtes au top, et le lendemain, vous êtes au fond du trou. C’est

comme ça que le corps humain fonctionne. Et c’est précisément ce qui rend une

telle course excitante. Les hauts et les bas. Mais avec Armstrong, il n’y avait

que des hauts. C’est sans doute ce qui plaisait tant à ses admirateurs et à ses

coéquipiers: L’idée que Lance ne les laisserait jamais tomber. Qu’il gagnerait

toujours. Et qu’il faisait tout ça pour eux.


Dimanche, Lance a eu l’air faillible physiquement. Ses

admirateurs y survivront. Mais si Armstrong finit par s’avérer faillible sur le

plan moral, les effets seront dévastateurs. Comme son agent, Bill Stapleton le

déclarait à Dan Coyle en 2004, «Essayez d’imaginer ce qui

se passerait si Armstrong était testé positif
? Essayez d’imaginer ce qui se passerait s’il s’avérait qu’on prend

tous ces gens pour des cons?
»

Bill Gifford

Traduit par Antoine Bourguilleau

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